Tuesday, July 31, 2012

Retour à Tamatave


Mon iPhone a disparu. Aucune idée de la façon dont ça s’est passé. Il était dans ma poche, normalement fermé par une fermeture éclair et, moins d’une heure plus tard, il n’y était plus et la poche était ouverte. Personne ne m’a approché ni frôlé. Possible que la poche soit restée ouverte et que le téléphone soit tombé au moment de monter ou de descendre du pousse-pousse que j’ai emprunté. J’ai essayé de le localiser sans succès. Il a sonné pendant environ une heure. Et puis plus rien.
 
C’est incroyable de voir à quel point nous sommes devenus dépendants de la technologie. J’ai commencé à voyager à une époque où l’Internet n’existait pas. Je suis passé ensuite aux cybercafés avant d’emporter un petit ordinateur portable et, depuis peu, cet iPhone. J’ai presque envie de retourner au carnet et au stylo. C’est moins stressant en cas de perte.
Hier, j’ai passé une bonne partie de la journée à essayer de bloquer l’utilisation de ce téléphone et à vider son contenu à distance. Mais j’ignore si j’ai réussi. J’ai changé plusieurs mots de passe importants. Il ne me reste plus qu’à espérer que cette perte n’aura aucune conséquence fâcheuse.

J’ai quand même pris soin d’aller déclarer cette perte à l’hôtel de police. Expérience intéressante. La culture administrative française est restée bien en place. J’ai été baladé d’un bureau à l’autre. Il m’a été suggéré de déposer une plainte contre X. Il m’aurait fallu écrire une lettre au procureur en soignant sa mise en forme rédactionnelle avec maintes formules de politesse. Il parait qu’une enquête aurait été menée. J’ai gardé mon sérieux. J’ai quand même réussi à obtenir une déclaration de perte. Le nombre de tampons apposé sur ce papier et sur les autres restés sur place était impressionnant. En échange, il m’a été demandé de débourser un demi-euro pour réaliser des photocopies que la police ne pouvait pas se payer.

La veille, j’avais été le témoin de la façon dont les forces de l’ordre sont rémunérées. J’avais été surpris par le nombre de barrages de police ou de gendarmerie le long des routes les plus fréquentées, que ce soit en novembre dernier, entre Tana et Majunga, que cette fois-ci, entre Tamatave et Soanierana-Ivongo. Le prétexte de ces barrages est de vérifier les papiers du véhicule et du conducteur. Mais je ne comprenais pas pourquoi, en cas d’infraction, le véhicule aurait été autorisé à franchir le premier barrage avant d’arriver au suivant.
 
Ça n’a rien à voir avec la paperasse ni avec l’état du véhicule, pour la plupart des épaves en mouvement. C’est très discret. J’avais beau écarquiller les yeux, je ne voyais rien. Cette fois, en revenant sur Tamatave, j’ai vu. Le billet est discrètement préparé bien avant d’arriver au barrage et très bien dissimulé dans la main gauche. Aussitôt que le véhicule est immobilisé, le conducteur prend les papiers situés sur le tableau de bord d’une main et les transferts dans l’autre main. Le billet est placé dessous et parfaitement invisible. Le tout est passé par la vitre ouverte. Le policier s’en saisit à deux mains. Il fait semblant de vérifier les papiers, et le tour de magie s’effectue. C’est du grand art.

Ah ! J’allais oublier. Le bateau qui ne pouvait plus partir à mon arrivée à Soanierana-Ivongo, pouvait repartir le surlendemain. J’ai attendu. Mais le prix original d’environ 25  a subitement augmenté de 50 % au moment de prendre le bateau. Ce n’était pas une question d’argent. Pour quatre heures de trajet, c’était raisonnable et j’aurais pu payer. C’est juste le principe. J’ai refusé et j’ai pris un taxi-brousse pour Tamatave.

Sunday, July 29, 2012

Bloqué



Je vais finir par croire à tort que je me fais mener en bateau. Mais à Madagascar, plus que nul par ailleurs, le temps est extensible, voire inexistant. Aucune raison de faire aujourd’hui, ce qu’on peut faire demain, après-demain ou les jours suivants.

Je comptais rallier Sainte-Marie à Manonpana par pirogue à moteur en quatre heures. Ce n’est pas vraiment le chemin touristique habituel, c’est toujours incertain et ce mode de transport comporte des risques, mais ça m’évitait de faire un détour d’une journée.

Le départ était prévu mardi, puis a été annulé à la toute dernière minute, et le plan B, qui consistait à prendre un transport de bois plus lent, mais doté d’une cabine, est lui aussi tombé… à l’eau. Une autre pirogue était prévue pour le lendemain… peut-être.

J’ai abandonné et j’ai décidé de prendre un bateau touristique. Arrivé à Soanierana-Ivongo, je suis tout de suite tombé sur un 4x4 en partance pour Manonpana. Le chauffeur m’a fait une place sur le siège avant entre le levier de vitesse et une jeune Malgache.

Dès qu’on franchit la rivière, c’est la piste où aucun taxi-brousse ne peut passer. C’est une succession de bosses et de trous d’eau de près d’un mètre de profondeur tout du long, entrecoupée parfois de sable et de rivières à franchir à l’aide de bacs. Il nous a fallu six heures pour effectuer les 42 km.

Je comptais reprendre un 4x4 le lendemain jusqu’à Mananara. Les 4x4 sont les seuls véhicules, avec parfois un camion et des motos tout terrain, à rouler sur ces pistes. Les 4x4 passent généralement le matin au nombre d’une demi-douzaine. Ça leur permet d’atteindre Mananara avant la nuit. De temps en temps un retardataire passe dans l’après-midi, mais c’est rare.

Les quatre qui sont passés ce matin-là étaient tous pleins, et il a plu toute la journée. Le lendemain matin la pluie avait cessé. Nouvelle attente dès huit heures, et de nouveau cinq 4x4 qui passent et qui sont plus que bondés. En fin de matinée, j’ai décidé de faire demi-tour et j’ai pris un 4x4 qui redescendait vers le sud jusqu’à Soanierana que j’avais quitté deux jours plus tôt. Je ne pouvais pas attendre une journée de plus. Je savais qu’un bateau hebdomadaire partait le lendemain matin à six heures pour Mananar.

Quand je suis arrivé, j’ai appris que le bateau était en panne et ne partirait pas. Je n’aurai pas tout perdu. Après avoir fait des allers-retours de 500 mètres de long de Manonpana étalé de chaque côté de la piste, je connais maintenant ce village presque comme ma poche. Difficile de s’y perdre. J’ai eu l’occasion d’y rencontrer Monsieur Joseph, un ancien marin de la marine marchande française qui est le président des « Têtes blanches », le club de l’âge d’or du village. Il touche une retraite française très confortable pour bien vivre ici, n’aime pas le maire qui ne l’aime pas non plus. Une vieille rivalité politique.