Sunday, July 29, 2012

Bloqué



Je vais finir par croire à tort que je me fais mener en bateau. Mais à Madagascar, plus que nul par ailleurs, le temps est extensible, voire inexistant. Aucune raison de faire aujourd’hui, ce qu’on peut faire demain, après-demain ou les jours suivants.

Je comptais rallier Sainte-Marie à Manonpana par pirogue à moteur en quatre heures. Ce n’est pas vraiment le chemin touristique habituel, c’est toujours incertain et ce mode de transport comporte des risques, mais ça m’évitait de faire un détour d’une journée.

Le départ était prévu mardi, puis a été annulé à la toute dernière minute, et le plan B, qui consistait à prendre un transport de bois plus lent, mais doté d’une cabine, est lui aussi tombé… à l’eau. Une autre pirogue était prévue pour le lendemain… peut-être.

J’ai abandonné et j’ai décidé de prendre un bateau touristique. Arrivé à Soanierana-Ivongo, je suis tout de suite tombé sur un 4x4 en partance pour Manonpana. Le chauffeur m’a fait une place sur le siège avant entre le levier de vitesse et une jeune Malgache.

Dès qu’on franchit la rivière, c’est la piste où aucun taxi-brousse ne peut passer. C’est une succession de bosses et de trous d’eau de près d’un mètre de profondeur tout du long, entrecoupée parfois de sable et de rivières à franchir à l’aide de bacs. Il nous a fallu six heures pour effectuer les 42 km.

Je comptais reprendre un 4x4 le lendemain jusqu’à Mananara. Les 4x4 sont les seuls véhicules, avec parfois un camion et des motos tout terrain, à rouler sur ces pistes. Les 4x4 passent généralement le matin au nombre d’une demi-douzaine. Ça leur permet d’atteindre Mananara avant la nuit. De temps en temps un retardataire passe dans l’après-midi, mais c’est rare.

Les quatre qui sont passés ce matin-là étaient tous pleins, et il a plu toute la journée. Le lendemain matin la pluie avait cessé. Nouvelle attente dès huit heures, et de nouveau cinq 4x4 qui passent et qui sont plus que bondés. En fin de matinée, j’ai décidé de faire demi-tour et j’ai pris un 4x4 qui redescendait vers le sud jusqu’à Soanierana que j’avais quitté deux jours plus tôt. Je ne pouvais pas attendre une journée de plus. Je savais qu’un bateau hebdomadaire partait le lendemain matin à six heures pour Mananar.

Quand je suis arrivé, j’ai appris que le bateau était en panne et ne partirait pas. Je n’aurai pas tout perdu. Après avoir fait des allers-retours de 500 mètres de long de Manonpana étalé de chaque côté de la piste, je connais maintenant ce village presque comme ma poche. Difficile de s’y perdre. J’ai eu l’occasion d’y rencontrer Monsieur Joseph, un ancien marin de la marine marchande française qui est le président des « Têtes blanches », le club de l’âge d’or du village. Il touche une retraite française très confortable pour bien vivre ici, n’aime pas le maire qui ne l’aime pas non plus. Une vieille rivalité politique.















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