Sunday, August 12, 2012

D'eau et de trésors



Comment parler de Rodrigues sans parler de l’eau ? Elle constitue sa richesse dans sa partie maritime et sa désolation dans sa partie terrestre. Quel que soit l’endroit où l’on se situe à Rodrigues, l’océan est visible.

Depuis l’arrivée de ses premiers habitants, la mer et ses ressources ont assuré, et assurent encore aujourd’hui, une partie importante des revenus de l’île. Les poulpes (appelées ourites à Rodrigues et zourites à La Réunion) sont même devenus une partie importante de sa culture et de sa gastronomie.

Dès l’aube, des femmes — de plus en plus remplacées par des hommes — sillonnent le lagon, d’immenses fouines à la main, prêtent à piquer les ourites, qu’elles enfilent ensuite sur un long fil de nylon pour les faire sécher le long du littoral.

C’est un métier qui est aujourd’hui menacé par la surpêche. En décidant la fermeture de la pêche à l’ourite, du 13 août au 12 octobre, les autorités de l’île ont provoqué une protestation monstre de… 150 personnes dans Port-Mathurin le lendemain de mon arrivée.
 
L’autre cause de la disparition des poulpes est l’érosion des sols, car les terres ravinées glissent peu à peu ver la mer et bouchent les cavités servant de refuges aux ourites. Je n’en ai aperçu aucune lors de la plongée que j’ai effectuée au large de l’Anse aux Anglais samedi matin. Par contre, j’ai pu observer les sédiments en provenance des collines qui recouvraient une partie du corail et du fond marin.

Aujourd’hui, le problème majeur de Rodrigues est son manque d’eau douce. Ce problème est devenu chronique et il est principalement causé par la déforestation survenue après la Seconde Guerre mondiale. Le remplacement de la forêt primaire par des espèces exotiques, comme l’eucalyptus, le lantana ou l’arbre du voyageur, grands consommateurs d’eau, a accentué l’assèchement général de l’île. Si bien que les habitants sont parfois privés d’eau courante pendant des semaines.

Dans la pension où je réside, comme dans la plupart des hôtels de l’île, on demande aux résidents de ne pas gaspiller l’eau. J’ai pu observer ce manque d’eau au cours de la petite rando que j’ai effectuée en milieu de la journée du sommet de l’île jusqu’au bord de l’océan. J’avais à peine traversé la verdure et les cultures du Mont Lubin sur une centaine de mètres que je suis entré dans des pâturages d’herbes sèches parsemés de plantes épineuses et de cactus en me dirigeant vers l’Anse aux Anglais.

En descendant par ce sentier, je suis passé à travers des sites où le grand-père de Jean-Marie Le Clézio a consacré 30 ans de sa vie à chercher le trésor du pirate Olivier Le Vasseur, dit La Buse (une quête que son petit-fils raconte dans Le Chercheur d’or).

La Buse fait partie du patrimoine culturel de l’océan Indien. Il est aussi connu à l’île Sainte-Marie où j’étais le mois dernier qu’à La Réunion où il fut pendu pour ses crimes de pirateries. C’est du haut de l’échafaud qu’il lança un étrange parchemin dans la foule, doté d’un cryptogramme, en s’écriant : « Mes trésors à qui saura comprendre » ! Ce cryptogramme a provoqué et lancé une formidable course au trésor qui se poursuit encore aujourd’hui.




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