Cette
histoire commence par celle d’un oiseau du nom de Solitaire. Lui et ses
congénères peuplaient Rodrigues par milliers — tout comme les tortues — à
l’arrivée de François Leguat à la fin du XVIIe siècle : « Ils ne volent point. Ils sont
extraordinairement gras et le goût en est excellent. On trouve des mâles qui
pèsent jusqu’à 45 livres. La femelle est d’une beauté admirable ; il y en
a des blondes et des brunes. Sitôt qu’ils sont arrêtés, ils jettent des larmes
sans crier et refusent opiniâtrement toute sorte de nourriture, jusqu’à ce
qu’ils meurent. » Incapable de voler, le solitaire connut le même sort que
son cousin le dodo à Maurice : exterminé jusqu’au dernier au même titre
que les tortues.
Les oiseaux
que je suis allé voir sur l’île aux Cocos sont par contre bien vivants et nichent
par milliers sur cette île minuscule. Pour se rendre dans cette réserve
naturelle de 1,5 km de longueur sur 200 m de largeur, il faut plus d’une
heure trente pour traverser le lagon, deux fois plus étendu que l’île, qui fait
moins d’un mètre de profondeur. De fin mai à fin septembre, de nombreux oiseaux
marins viennent y pondre. L’unique sentier traverse l’île si près des nids
qu’on a droit aux frôlements des ailes des vols en rase-mottes d’oiseaux mécontents
d’être dérangés par les bipèdes. ![]() |
| Tour en moto (en jaune) - Le lagon en bleu turquoise |

La veille,
j’avais loué une moto pour explorer l’intérieur et les pourtours de l’île.
Malgré sa faible superficie de dix-huit kilomètres de long sur huit de large,
Rodrigues offre des paysages assez variés, verts et vallonnés dans le centre,
secs, sauvages et désolés sur la côte. On traverse des petits villages endormis
et des lieux-dits aux noms évocateurs laissés là par les premiers colons
français et semblables à ceux qu’on retrouve à La Réunion, à Maurice, dans les
Antilles ou au Québec : Grand la Fourche, Jardin Mamzelle, Petit Gravier,
Quatre Vents, Roche Bon Dieu, Montagne Tonnerre.
Ce qui est
visible de tous les coins de l’île, c’est son lagon aux eaux turquoise qui
s’étend sur environ 200 km2. Il m’a fallu à peine cinq minutes,
depuis la route qui traverse l’île, pour atteindre le sommet du mont Limon, le
point le plus élevé de l’île qui culmine à 400 mètres. Il faut prendre ses
précautions lorsqu’on loue un véhicule à Rodrigues. Il n’existe qu’une seule
station-service située à Port Mathurin et, comme tous les commerces, elle ferme
de très bonnes heures.







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