Tuesday, August 7, 2012

Impression de lenteur



Cette impression de lenteur que je ressens ici, je ne suis pas le seul à en faire l’expérience. Tous les visiteurs en posant le pied sur cette île éprouvent cette même sensation. Le Clézio l’a d’ailleurs parfaitement décrite : « Il y a ici une impression de lenteur, d’éloignement, d’étrangeté au monde des hommes ordinaires (…) et qui fait penser à l’éternité, à l’infini. »

Le lendemain de mon arrivée, j’ai entrepris de me plonger encore plus profondément dans cette lenteur en assistant à la messe dominicale tenue à l’église Saint-Gabriel, une église qui se targue d’être la plus grande de l’océan Indien. D’un point de vue architectural, elle ne représente pas un grand intérêt, mais entendre les chants entonnés par les Rodriguais mis sur leur trente-et-un mérite largement le déplacement. C’est aussi à deux pas d’ici que le pape Jean-Paul II célébra une messe en 1989 devant près de vingt mille personnes. Pour une île qui compte moins de 40 000 habitants, dont 98 % sont catholiques, autant dire que la moitié de la population était sur place.

J’ai poursuivi au même rythme ma découverte de l’île en visitant en après-midi la réserve François Leguat, du nom de ce protestant français qui fut le premier à s’installer sur l’île en 1691. En débarquant avec quelques compagnons, il découvre un endroit couvert de forêts et peuplé de tortues en si grand nombre, « que l’on en voit quelquefois des groupes de deux ou trois mille, de sorte que l’on peut faire plus de cent pas sur leur carapace sans mettre le pied à terre. » Leur lenteur causa leur perte puisqu’elles servirent à approvisionner en viande l’île Maurice et l’île de La Réunion et les vaisseaux de passage. Un siècle plus tard, il ne restait plus aucune tortue sur Rodrigues. Cette réserve, créée en 2007, s’est donc fixé pour objectif de ressusciter une nature sauvage où gambaderont à terme des centaines de tortues géantes d’Aldabra, cousines lointaines des tortues rodriguaises disparues.

Toujours à propos de François Leguat, la pension où je me suis installé, et qui a pour nom Ciel d’Été, est construite à l’endroit même où cet explorateur aurait bâti son habitation. Une peinture récente installée dans la salle à manger a naïvement idéalisé cette période. Cette pension, tenue par un couple âgé de sino-rodriguais très prévenant, est proche des quatre ou cinq rues du petit centre-ville de Port-Mathurin, la capitale et le seul port de Rodrigues.

Le lendemain, j’ai continué à la même cadence ma visite de l’île par une rando le long de la côte est du littoral de l’île. Je suis tombé sur un endroit superbe, l’anse Bouteille, sans aucun doute le plus beau petit bout de plage de Rodrigues. Située en contrebas d’un sentier qui serpente à travers une forêt de filaos fréquentée par des chèvres, cette anse de sable fin est encastrée entre des rochers de basalte. Je n’étais pas pressé. La plage était déserte. Je me suis donc arrêté pour me baigner et pour donner ensuite tout le temps qu’il fallait au soleil pour me sécher.




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