Pour les
amoureux de la nature, la « Cendrillon des Mascareignes », comme d’aucuns la surnomment,
provoque rarement le coup de foudre par ses âpres paysages. Les maigres
pâturages, les collines partiellement déboisées criblées de blocs de basalte
comme des météorites tombées du ciel, la végétation broussailleuse, les hameaux
de tôles, de bric et de broc, quelques plages éparses, son relief mi-figue
mi-raisin et la franche simplicité de la population sèment le trouble chez le
nouveau venu en quête de visions tropicales plus convenues.
Certes,
pour les passionnés de la mer, le lagon qui lui sert d’écrin, piqueté de 17
îlots, où miroite un extraordinaire camaïeu de bleus, colle déjà plus aux stéréotypes
de l’océan Indien. Mais, d’emblée, on comprend que Rodrigues cherche ses
affinités moins du côté du simple tourisme que du voyageur. Plus qu’au sens,
Rodrigues plaît à l’âme. En charmant par imprégnation, l’île chère à Le Clézio matérialise
un voyage intérieur. On y vient pour se ressourcer, se laver l’esprit, ranimer
le sentiment de l’essentiel, au rythme de la mer et du ciel.
Cette « Cendrillon »
deviendra-t-elle un jour une destination touristique de premier ordre ?
Certains appellent de leurs vœux davantage de touristes. D’autres, au
contraire, redoutent un développement comparable à celui de Maurice. Nombre de
Rodriguais ont en effet conscience du fait que le premier atout de leur île est
son côté paisible et tranquille. En attendant, les happy few qui visitent cette île s’en frottent les mains…
L’île est parsemée
de sentiers creusés au fil du temps par les habitants, mais de plus en plus
abandonnés par une population rattrapée par la facilité et le confort du
modernisme et très bien desservie par un réseau routier implanté depuis moins
de vingt ans. Les bus desservent tous les coins de l’île. La plupart des
sentiers encore fréquentés (principalement par des touristes) longent la côte
ou descendent du centre de l’île vers l’océan. La plus belle randonnée, que
j’avais déjà effectuée en 2012, va de Graviers à Pointe Coton et longe une
succession de trois criques bordées de falaises et de belles petites plages
vierges généralement désertes à l’exception des chèvres.
Je l’ai de
nouveau partiellement parcouru en partant cette fois de Montagne Cabris que
j’ai rejoint en bus. Cette rando débute au milieu des habitations en tôle avant
de se poursuivre à travers champs. On bascule ensuite dans une descente assez
raide jusqu’à Anse Bouteille. J’ai dû slalomer entre plusieurs petites averses
très brèves mais fréquentes et intenses. Heureusement, j’ai toujours réussi à trouver
un abri providentiel, soit une vieille case abandonnée, un renfoncement rocheux
ou un arbre providentiel. En arrivant à Anse Bouteille, j’ai poursuivi cette
rando en longeant la côte et en passant par Saint-François. Je l’ai terminée près
de l’hôtel de luxe de Cotton Bay à la boutique Chez Mémé en savourant une bière Phénix bien méritée.![]() |
| Tentative 1 au centre, 2 à gauche et Réserve de Grande Montagne à droite |
Le
lendemain, j’ai tenté de prendre un vieux sentier envahi par la végétation.
J’ai eu moins de chance que la veille. Je me suis perdu une demi-douzaine de
fois et j’ai dû demander mon chemin chez des habitants qui m’ont plutôt suggéré
de prendre un bus. Comme dans beaucoup d’endroits, les populations ayant accédé
depuis peu à la modernité, et notamment aux nouveaux moyens de transport,
s’expliquent mal pourquoi de « riches » touristes préfèrent marcher plutôt que
de prendre un taxi. J’ai fini par me retrouver face à une petite rivière située
au-dessus d’une cascade. Il avait plu abondamment. Le sol était glissant. Le
risque n’en valait pas la chandelle.
J’ai de
nouveau tenté de rejoindre cet ancien sentier en passant à quelques kilomètres
plus à l’ouest. Après m’être de nouveau renseigné, et avoir reçu les mêmes
suggestions de prendre un bus ou un taxi, j’ai fini par tomber sur une vieille
boutique. La propriétaire, tout aussi âgée que son commerce, m’a proposé de me
faire accompagner par sa belle-fille qui rentrait chez elle. Nous avons marché
à travers la forêt pendant une quinzaine de minutes avant de nous retrouver
dans un îlet au bord d’une route goudronnée. La belle-fille m’a alors indiqué où
se situait l’arrêt de bus. Fin de la rando.
Cette
balade ne fut pas inutile. J’ai notamment appris de cette dame mère de trois
enfants que, contrairement à la sienne qui n’avait pas eu d’autre choix que de
devoir en élever huit, elle avait décidé en commun accord avec son mari de
s’arrêter à ce nombre de trois. Isolée dans son îlet, elle n’en était pas pour
le moins très au fait des problèmes environnementaux. À l’eau du service public
chlorée d’un coût annuel très abordable de moins de deux euros (mais, comme
elle me l’a raconté « très probablement porteuse de maladies et d’un très
mauvais goût »), elle préférait l’eau de leur puits malgré le nettoyage
hebdomadaire qu’il nécessitait. Tous les jours en après-midi, la majorité des
femmes de l’îlet venaient puiser l’eau à ce puits et passer quelque temps à
bavarder et renforcer les liens sociaux de ce lieu isolé.
La rando
s’est donc arrêtée dans cet îlet. J’ai donc fait demi-tour et je suis allé
visiter la Réserve naturelle de Grande Montagne.


















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