Tuesday, March 19, 2019

02 - Nature



Pour les amoureux de la nature, la « Cendrillon des Mascareignes », comme d’aucuns la surnomment, provoque rarement le coup de foudre par ses âpres paysages. Les maigres pâturages, les collines partiellement déboisées criblées de blocs de basalte comme des météorites tombées du ciel, la végétation broussailleuse, les hameaux de tôles, de bric et de broc, quelques plages éparses, son relief mi-figue mi-raisin et la franche simplicité de la population sèment le trouble chez le nouveau venu en quête de visions tropicales plus convenues.
Certes, pour les passionnés de la mer, le lagon qui lui sert d’écrin, piqueté de 17 îlots, où miroite un extraordinaire camaïeu de bleus, colle déjà plus aux stéréotypes de l’océan Indien. Mais, d’emblée, on comprend que Rodrigues cherche ses affinités moins du côté du simple tourisme que du voyageur. Plus qu’au sens, Rodrigues plaît à l’âme. En charmant par imprégnation, l’île chère à Le Clézio matérialise un voyage intérieur. On y vient pour se ressourcer, se laver l’esprit, ranimer le sentiment de l’essentiel, au rythme de la mer et du ciel.
Cette « Cendrillon » deviendra-t-elle un jour une destination touristique de premier ordre ? Certains appellent de leurs vœux davantage de touristes. D’autres, au contraire, redoutent un développement comparable à celui de Maurice. Nombre de Rodriguais ont en effet conscience du fait que le premier atout de leur île est son côté paisible et tranquille. En attendant, les happy few qui visitent cette île s’en frottent les mains…
L’île est parsemée de sentiers creusés au fil du temps par les habitants, mais de plus en plus abandonnés par une population rattrapée par la facilité et le confort du modernisme et très bien desservie par un réseau routier implanté depuis moins de vingt ans. Les bus desservent tous les coins de l’île. La plupart des sentiers encore fréquentés (principalement par des touristes) longent la côte ou descendent du centre de l’île vers l’océan. La plus belle randonnée, que j’avais déjà effectuée en 2012, va de Graviers à Pointe Coton et longe une succession de trois criques bordées de falaises et de belles petites plages vierges généralement désertes à l’exception des chèvres.
Je l’ai de nouveau partiellement parcouru en partant cette fois de Montagne Cabris que j’ai rejoint en bus. Cette rando débute au milieu des habitations en tôle avant de se poursuivre à travers champs. On bascule ensuite dans une descente assez raide jusqu’à Anse Bouteille. J’ai dû slalomer entre plusieurs petites averses très brèves mais fréquentes et intenses. Heureusement, j’ai toujours réussi à trouver un abri providentiel, soit une vieille case abandonnée, un renfoncement rocheux ou un arbre providentiel. En arrivant à Anse Bouteille, j’ai poursuivi cette rando en longeant la côte et en passant par Saint-François. Je l’ai terminée près de l’hôtel de luxe de Cotton Bay à la boutique Chez Mémé en savourant une bière Phénix bien méritée.
Tentative 1 au centre, 2 à gauche et Réserve de Grande Montagne à droite
Le lendemain, j’ai tenté de prendre un vieux sentier envahi par la végétation. J’ai eu moins de chance que la veille. Je me suis perdu une demi-douzaine de fois et j’ai dû demander mon chemin chez des habitants qui m’ont plutôt suggéré de prendre un bus. Comme dans beaucoup d’endroits, les populations ayant accédé depuis peu à la modernité, et notamment aux nouveaux moyens de transport, s’expliquent mal pourquoi de « riches » touristes préfèrent marcher plutôt que de prendre un taxi. J’ai fini par me retrouver face à une petite rivière située au-dessus d’une cascade. Il avait plu abondamment. Le sol était glissant. Le risque n’en valait pas la chandelle.
J’ai de nouveau tenté de rejoindre cet ancien sentier en passant à quelques kilomètres plus à l’ouest. Après m’être de nouveau renseigné, et avoir reçu les mêmes suggestions de prendre un bus ou un taxi, j’ai fini par tomber sur une vieille boutique. La propriétaire, tout aussi âgée que son commerce, m’a proposé de me faire accompagner par sa belle-fille qui rentrait chez elle. Nous avons marché à travers la forêt pendant une quinzaine de minutes avant de nous retrouver dans un îlet au bord d’une route goudronnée. La belle-fille m’a alors indiqué où se situait l’arrêt de bus. Fin de la rando.
Cette balade ne fut pas inutile. J’ai notamment appris de cette dame mère de trois enfants que, contrairement à la sienne qui n’avait pas eu d’autre choix que de devoir en élever huit, elle avait décidé en commun accord avec son mari de s’arrêter à ce nombre de trois. Isolée dans son îlet, elle n’en était pas pour le moins très au fait des problèmes environnementaux. À l’eau du service public chlorée d’un coût annuel très abordable de moins de deux euros (mais, comme elle me l’a raconté « très probablement porteuse de maladies et d’un très mauvais goût »), elle préférait l’eau de leur puits malgré le nettoyage hebdomadaire qu’il nécessitait. Tous les jours en après-midi, la majorité des femmes de l’îlet venaient puiser l’eau à ce puits et passer quelque temps à bavarder et renforcer les liens sociaux de ce lieu isolé.
La rando s’est donc arrêtée dans cet îlet. J’ai donc fait demi-tour et je suis allé visiter la Réserve naturelle de Grande Montagne.















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