Thursday, March 21, 2019

04 - Port-Mathurin



Située au nord, il s’agit de la « capitale » et du seul port de l’île. Elle s’apparente davantage à une sous-préfecture française assoupie qu’à une capitale. Son nom vient d’un colon français, Mathurin Bréhinier, qui fut le premier habitant de la région. Oh, rien de fracassant ici, mais c’est incontestablement l’endroit le plus animé de Rodrigues
C’est là que se trouvent tous les services administratifs, les banques, le grand marché, la plus forte concentration de restos (au moins trois !) et un nombre incalculable de boutiks-quincailleries-épiceries qui s’égrènent le long des quelques rues coupées à angle droit. C’est cette ambiance de rues commerçantes, bordées d’échoppes aux couleurs vives qui séduit. Inutile d’y chercher monuments et sites remarquables dans cette ville qui se vit plutôt qu’elle ne se visite.
Dès 7 h, les bus chargés d’écoliers animent les rues qui se remplissent de chalands se pressant vers les boutiques déjà ouvertes. Mais dès 16 h les commerces et les administrations ferment, transformant Port-Mathurin en ville morte.
La ville n’a pas changé depuis mon dernier passage. J’ai eu plaisir à y retrouver ces vieilles villas créoles et ces bouis-bouis vraiment typiques où les Rodriguais viennent boire un verre au comptoir tout en grignotant des gadjack, des amuse-gueules du style poisson, poulet ou foie frit aux oignons. Dans la rue principale, des marchands ambulants vendent d’excellents dhall puri, une sorte de fine crêpe accompagnée d’une sauce au curry et de légumes.
J’ai repris l’habitude de passer Chez Madame Marcel (morte depuis longtemps et repris par son fils) en début ou fin d’après-midi. Cette boutik très pittoresque, face au débarcadère, est réputée pour servir des en-cas composés de saucisses chinoises et de porc au miel. Accompagné d’une bière Phénix, ce rendez-vous devient vite incontournable et inoubliable. Mais âmes et estomacs sensibles s’abstenir, car il ne faut pas regarder de trop près le bloc en bois où se découpe en fins morceaux ces charcuteries gorgées de graisse. Il est noir de crasse et n’a certainement jamais été lavé depuis sa mise en place. Et aucune femme dans ce sombre troquet aux allures de taverne à matelots.
Je suis allé en matinée chez l’unique cordonnier de la ville. Il est installé à une table à piquenique sous les filaos du petit espace public en face de La Résidence, une ancienne demeure des gouverneurs de l’île. C’est un rendez-vous quotidien d’hommes. Ils y passent la matinée à échanger les derniers potins. J’y suis resté tout le temps qu’a duré la réparation d’un petit sac à dos que je traine depuis une trentaine d’années et dont je n’arrive pas à me débarrasser. À l’exception de quelques mots et de chiffres, j’avais beaucoup de difficultés à suivre la conversation de la demi-douzaine d’hommes rassemblés ce matin-là. J’en ai enregistré un court extrait que l’on peut retrouver ci-dessous. Bonne chance pour la compréhension.

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