Située au nord, il s’agit de la « capitale »
et du seul port de l’île. Elle s’apparente davantage à une sous-préfecture
française assoupie qu’à une capitale. Son nom vient d’un colon français,
Mathurin Bréhinier, qui fut le premier habitant de la région. Oh, rien de
fracassant ici, mais c’est incontestablement l’endroit le plus animé de
Rodrigues
C’est là que se trouvent tous les
services administratifs, les banques, le grand marché, la plus forte
concentration de restos (au moins trois !) et un nombre incalculable de boutiks-quincailleries-épiceries qui
s’égrènent le long des quelques rues coupées à angle droit. C’est cette
ambiance de rues commerçantes, bordées d’échoppes aux couleurs vives qui
séduit. Inutile d’y chercher monuments et sites remarquables dans cette ville
qui se vit plutôt qu’elle ne se visite.
Dès 7 h, les bus chargés
d’écoliers animent les rues qui se remplissent de chalands se pressant vers les
boutiques déjà ouvertes. Mais dès 16 h les commerces et les
administrations ferment, transformant Port-Mathurin en ville morte.
La ville n’a pas changé depuis mon
dernier passage. J’ai eu plaisir à y retrouver ces vieilles villas créoles et ces bouis-bouis vraiment
typiques où les Rodriguais viennent boire un verre au comptoir tout en
grignotant des gadjack, des
amuse-gueules du style poisson, poulet ou foie frit aux oignons. Dans la rue
principale, des marchands ambulants vendent d’excellents dhall puri, une sorte de fine crêpe accompagnée d’une sauce au
curry et de légumes.
J’ai repris l’habitude de passer Chez Madame Marcel (morte depuis
longtemps et repris par son fils) en début ou fin d’après-midi. Cette boutik très pittoresque, face au
débarcadère, est réputée pour servir des en-cas composés de saucisses chinoises
et de porc au miel. Accompagné d’une bière Phénix,
ce rendez-vous devient vite incontournable et inoubliable. Mais âmes et
estomacs sensibles s’abstenir, car il ne faut pas regarder de trop près le bloc
en bois où se découpe en fins morceaux ces charcuteries gorgées de graisse. Il
est noir de crasse et n’a certainement jamais été lavé depuis sa mise en place.
Et aucune femme dans ce sombre troquet aux allures de taverne à matelots.
Je suis allé en matinée chez l’unique
cordonnier de la ville. Il est installé à une table à piquenique sous les
filaos du petit espace public en face de La
Résidence, une ancienne demeure des gouverneurs de l’île. C’est un
rendez-vous quotidien d’hommes. Ils y passent la matinée à échanger les
derniers potins. J’y suis resté tout le temps qu’a duré la réparation d’un
petit sac à dos que je traine depuis une trentaine d’années et dont je n’arrive
pas à me débarrasser. À l’exception de quelques mots et de chiffres, j’avais
beaucoup de difficultés à suivre la conversation de la demi-douzaine d’hommes
rassemblés ce matin-là. J’en ai enregistré un court extrait que l’on peut
retrouver ci-dessous. Bonne chance pour la compréhension.
No comments:
Post a Comment