Tuesday, March 19, 2019

03 - Réserve naturelle de Grande Montagne


À Rodrigues, la forêt primaire a presque totalement disparu. Le déboisement intensif mené depuis la colonisation afin de créer des pâturages et répondre aux besoins de la population en bois de construction et de chauffage a eu raison de l’épaisse couverture forestière qui existait jadis. La végétation secondaire qui a remplacé la forêt primaire est constituée essentiellement d’espèces végétales introduites par l’homme. Les 38 variétés de plantes endémiques (espèces existant uniquement dans une région précise – ils en existent environ 250 à La Réunion) qui ont subsisté sont majoritairement considérées comme menacées, vulnérables ou rares.
Depuis déjà plusieurs années, pour enrayer le phénomène de désertification, des espèces exotiques (plants importés tels que l’eucalyptus ou le filao) ont été plantées, mais elles sont beaucoup moins résistantes aux cyclones que les espèces endémiques. Elles sont aussi plus gourmandes en eau. Or à Rodrigues, la ressource en eau est très limitée.
En 1996, la réserve naturelle de Grande Montagne a donc été créée dans un parc de 30 hectares, dont dix classés en réserve naturelle dans le but de restaurer une partie de la forêt originelle en replantant des espèces endémiques tout en luttant contre les espèces invasives. Plusieurs sentiers de la réserve permettent ainsi de découvrir les espèces emblématiques de l’île comme le bois lubine, le latanier jaune (bleu à Maurice et rouge à La Réunion) et le bois gandine.
De nombreuses espèces ont ainsi repris racines à Rodrigues comme le bois de chauve-souris, le bois de carotte mais aussi le café marron « l’une des espèces les plus rares au monde » selon les responsables de la réserve.
Pour préserver cette forêt en devenir, les administrateurs misent sur la sensibilisation de la population. Ils incitent les villageois à planter des espèces endémiques. Les plants sont mis à leur disposition gratuitement pour notamment favoriser la création de jardins à valeur médicinale. C’est la meilleure façon d’éviter que les arbres soient saccagés dans la forêt.
Cette réserve est également le meilleur endroit pour observer les deux derniers oiseaux endémiques de l’île. En effet, sur les 11 espèces que comptait Rodrigues à l’arrivée des premiers habitants, il n’en reste aujourd’hui que deux : le Cardinal de Rodrigues (Foudia flavicans) et la Fauvette de Rodrigues (Acrocephalus rodericanus).
Depuis quelques mois, des tortues ont également été introduites. Celles de Rodrigues ayant malheureusement disparu, capturée jusqu’à la dernière par les marins en quête de viande fraîche à bord des bateaux. Tout comme celles de la Réserve François Leguat située près de l’aéroport, ces tortues terrestres ont été importées d’Aldabra, la plus grande des îles seychelloises où une population de 150 000 tortues géantes a été recensée. Les tortues géantes de Rodrigues se comptaient aussi par centaines de milliers en 1691. Mais après un siècle d’exploitation humaine, elles ont toutes disparu. Comme a disparu le solitaire, un énorme volatile mi-poule mi-oie, lui aussi au nombre de centaines de milliers qui avait la particularité de ne pas savoir voler. Il a terminé son existence sur la table des premiers colons.
Et les mammifères parmi toute cette faune ? Tout comme dans le reste des Mascareignes, il n’en existait qu’un à l’arrivée du premier bateau. Il n’était pas très vorace, se contentant de fruits et d’insectes. Ça explique que les tortues et autres oiseaux aient pu proliférer. La chauve-souris, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, a bien failli entièrement disparaitre aussi. En 1970, il n’en restait qu’une cinquantaine. Heureusement, grâce à un programme de protection et l’interdiction de les chasser, la roussette de Rodrigues compte aujourd’hui une population de plusieurs milliers d’individus.

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