
À Rodrigues, la forêt primaire a
presque totalement disparu. Le déboisement intensif mené depuis la colonisation
afin de créer des pâturages et répondre aux besoins de la population en bois de
construction et de chauffage a eu raison de l’épaisse couverture forestière qui
existait jadis. La végétation secondaire qui a remplacé la forêt primaire est
constituée essentiellement d’espèces végétales introduites par l’homme. Les 38
variétés de plantes endémiques (espèces existant uniquement dans une région
précise – ils en existent environ 250 à La Réunion) qui ont subsisté sont
majoritairement considérées comme menacées, vulnérables ou rares.
Depuis déjà plusieurs années, pour
enrayer le phénomène de désertification, des espèces exotiques (plants importés
tels que l’eucalyptus ou le filao) ont été plantées, mais elles sont beaucoup
moins résistantes aux cyclones que les espèces endémiques. Elles sont aussi
plus gourmandes en eau. Or à Rodrigues, la ressource en eau est très limitée.
En 1996, la réserve naturelle de
Grande Montagne a donc été créée dans un parc de 30 hectares, dont dix classés
en réserve naturelle dans le but de restaurer une partie de la forêt originelle
en replantant des espèces endémiques tout en luttant contre les espèces
invasives. Plusieurs sentiers de la réserve permettent ainsi de découvrir les
espèces emblématiques de l’île comme le bois lubine, le latanier jaune (bleu à Maurice
et rouge à La Réunion) et le bois gandine.
De nombreuses espèces ont ainsi
repris racines à Rodrigues comme le bois de chauve-souris, le bois de carotte
mais aussi le café marron « l’une des espèces les plus rares au monde » selon
les responsables de la réserve.
Pour préserver cette forêt en
devenir, les administrateurs misent sur la sensibilisation de la population.
Ils incitent les villageois à planter des espèces endémiques. Les plants sont
mis à leur disposition gratuitement pour notamment favoriser la création de
jardins à valeur médicinale. C’est la meilleure façon d’éviter que les arbres
soient saccagés dans la forêt.
Cette réserve est également le
meilleur endroit pour observer les deux derniers oiseaux endémiques de l’île.
En effet, sur les 11 espèces que comptait Rodrigues à l’arrivée des premiers
habitants, il n’en reste aujourd’hui que deux : le Cardinal de Rodrigues
(Foudia flavicans) et la Fauvette de Rodrigues (Acrocephalus rodericanus).
Depuis quelques mois, des tortues ont
également été introduites. Celles de Rodrigues ayant malheureusement disparu,
capturée jusqu’à la dernière par les marins en quête de viande fraîche à bord
des bateaux. Tout comme celles de la Réserve François Leguat située près de
l’aéroport, ces tortues terrestres ont été importées d’Aldabra, la plus grande
des îles seychelloises où une population de 150 000 tortues géantes a été
recensée. Les tortues géantes de Rodrigues se comptaient aussi par centaines de
milliers en 1691. Mais après un siècle d’exploitation humaine, elles ont toutes
disparu. Comme a disparu le solitaire, un énorme volatile mi-poule mi-oie, lui
aussi au nombre de centaines de milliers qui avait la particularité de ne pas
savoir voler. Il a terminé son existence sur la table des premiers colons.
Et les mammifères parmi toute cette
faune ? Tout comme dans le reste des Mascareignes, il n’en existait qu’un à
l’arrivée du premier bateau. Il n’était pas très vorace, se contentant de
fruits et d’insectes. Ça explique que les tortues et autres oiseaux aient pu
proliférer. La chauve-souris, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, a bien failli
entièrement disparaitre aussi. En 1970, il n’en restait qu’une cinquantaine.
Heureusement, grâce à un programme de protection et l’interdiction de les
chasser, la roussette de Rodrigues compte aujourd’hui une population de
plusieurs milliers d’individus.

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