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| Passage de Joaninha au plus près de Rodrigues |
La nuit fut très agitée. J’ai
néanmoins très bien dormi. En fait, je n’ai jamais autant dormi. Grâce à ma
montre connectée, je peux enregistrer une quantité phénoménale de données sur
le sommeil, le rythme cardiaque et les activités physiques. Mes heures de
sommeil, qui en moyenne sont habituellement de 6 h 30, ont été
augmentées de deux heures depuis mon arrivée à Rodrigues. Je vis au rythme de
cette île : au ralenti.
Quand je disais que la nuit fut
agitée, il ne s’agissait donc pas de mon sommeil. J’ai juste été brusquement
réveillé à trois reprises par des débris qui ont été projetés par la force du
vent contre la façade de la pension, et les vitres de la fenêtre et de la porte
de ma chambre. Heureusement, ces deux ouvertures vitrées sont protégées par des
grilles. Elles ont résisté, mais le bruit des impacts m’a réveillé. J’ai ainsi
pu entendre la fureur déchainée des rafales et le bruit du déluge d’eau qui
s’abattaient et résonnaient avec fracas sur la toiture et à travers le jardin.
Plus d’électricité au réveil.
C’était à prévoir. Déjà la veille, en milieu de journée, la moitié de l’île
était privée de courant. Ce matin, la radio annonçait que c’était passé à près
de 100 %. Sur la route côtière, les radiers sont devenus impraticables et
interdisent toute circulation. La route centrale qui relie le nord de l’île au
sud est bloquée par la chute de plusieurs arbres. En outre, et pour les mêmes
raisons, l’unique hôpital de l’île situé près de Port-Mathurin n’est plus
accessible. Actuellement, 402
personnes ont trouvé refuge dans les 33 centres qui ont été mis à la
disposition de la population.
Le bulletin cyclonique émis à 7 h
annonçait que Joaninha était positionné à 80 km au nord-est de l’île. Le
cyclone de classe 4 s’est intensifié au cours de la nuit et les rafales
près de son œil en mer atteignent maintenant les 250 km/h. L’aéroport de
Plaine Corail rapporte des rafales de plus de 175 km/h sur plusieurs points de l’île. Les précipitations sur plusieurs points
de l’île dépassent les 100 mm en 24 h. Des marées de tempête
occasionnent une hausse du niveau de la mer d’environ un mètre au-dessus des
marées normales provoquant ainsi une inondation des régions côtières se
trouvant à basse altitude surtout dans l’est et le sud de l’île.
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| Avant |
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| Après |
La bonne nouvelle, c’est
qu’un peu avant midi, Johaninha est passé au large de l’île à environ 70 km.
Un peu plus tard, je suis allé comme la veille parcourir le centre-ville à
pieds. Le spectacle était un peu plus désolant que le jour précédent. Les rues
étaient presque toutes jonchées de branches d’arbres et certaines artères
étaient inondées. Des fils électriques pendaient le long des façades et
plusieurs antennes paraboliques, poussées par le vent toujours intense, se
promenaient en zigzags au milieu de la chaussée. Les véhicules des services
d’urgences et de la police sillonnaient les rues. Quelques rares personnes
avaient mis le nez dehors pour se prêter aux mêmes constatations que celles que
je pouvais observer.
Le manque d’électricité
complique l’utilisation des nouvelles technologies. Contrairement à mes
habitudes de voyage, je n’avais pas emporté de batterie externe (power bank). Coup de chance, près du
centre administratif, je suis tombé sur des jeunes qui avaient mis en place une
installation électrique. J’ai ainsi pu brancher mon téléphone.
Et tout comme le jour
précédent, la propriétaire de Ciel d’Été m’a apporté un dîner composé cette
fois-ci de poisson, de riz, de lentilles et d’achards.





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