Tuesday, March 26, 2019

09 - Joaninha - jour 4

Passage de Joaninha au plus près de Rodrigues

La nuit fut très agitée. J’ai néanmoins très bien dormi. En fait, je n’ai jamais autant dormi. Grâce à ma montre connectée, je peux enregistrer une quantité phénoménale de données sur le sommeil, le rythme cardiaque et les activités physiques. Mes heures de sommeil, qui en moyenne sont habituellement de 6 h 30, ont été augmentées de deux heures depuis mon arrivée à Rodrigues. Je vis au rythme de cette île : au ralenti.
Quand je disais que la nuit fut agitée, il ne s’agissait donc pas de mon sommeil. J’ai juste été brusquement réveillé à trois reprises par des débris qui ont été projetés par la force du vent contre la façade de la pension, et les vitres de la fenêtre et de la porte de ma chambre. Heureusement, ces deux ouvertures vitrées sont protégées par des grilles. Elles ont résisté, mais le bruit des impacts m’a réveillé. J’ai ainsi pu entendre la fureur déchainée des rafales et le bruit du déluge d’eau qui s’abattaient et résonnaient avec fracas sur la toiture et à travers le jardin.
Plus d’électricité au réveil. C’était à prévoir. Déjà la veille, en milieu de journée, la moitié de l’île était privée de courant. Ce matin, la radio annonçait que c’était passé à près de 100 %. Sur la route côtière, les radiers sont devenus impraticables et interdisent toute circulation. La route centrale qui relie le nord de l’île au sud est bloquée par la chute de plusieurs arbres. En outre, et pour les mêmes raisons, l’unique hôpital de l’île situé près de Port-Mathurin n’est plus accessible. Actuellement, 402 personnes ont trouvé refuge dans les 33 centres qui ont été mis à la disposition de la population.
Le bulletin cyclonique émis à 7 h annonçait que Joaninha était positionné à 80 km au nord-est de l’île. Le cyclone de classe 4 s’est intensifié au cours de la nuit et les rafales près de son œil en mer atteignent maintenant les 250 km/h. L’aéroport de Plaine Corail rapporte des rafales de plus de 175 km/h sur plusieurs points de l’île. Les précipitations sur plusieurs points de l’île dépassent les 100 mm en 24 h. Des marées de tempête occasionnent une hausse du niveau de la mer d’environ un mètre au-dessus des marées normales provoquant ainsi une inondation des régions côtières se trouvant à basse altitude surtout dans l’est et le sud de l’île.
Avant
Après
La bonne nouvelle, c’est qu’un peu avant midi, Johaninha est passé au large de l’île à environ 70 km. Un peu plus tard, je suis allé comme la veille parcourir le centre-ville à pieds. Le spectacle était un peu plus désolant que le jour précédent. Les rues étaient presque toutes jonchées de branches d’arbres et certaines artères étaient inondées. Des fils électriques pendaient le long des façades et plusieurs antennes paraboliques, poussées par le vent toujours intense, se promenaient en zigzags au milieu de la chaussée. Les véhicules des services d’urgences et de la police sillonnaient les rues. Quelques rares personnes avaient mis le nez dehors pour se prêter aux mêmes constatations que celles que je pouvais observer.
Le manque d’électricité complique l’utilisation des nouvelles technologies. Contrairement à mes habitudes de voyage, je n’avais pas emporté de batterie externe (power bank). Coup de chance, près du centre administratif, je suis tombé sur des jeunes qui avaient mis en place une installation électrique. J’ai ainsi pu brancher mon téléphone.
Et tout comme le jour précédent, la propriétaire de Ciel d’Été m’a apporté un dîner composé cette fois-ci de poisson, de riz, de lentilles et d’achards.

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