Saturday, December 14, 2019

Diego-Suarez - 14 décembre


Je n’étais pas très en forme lors de cette étape à Diego-Suarez, une ville où j’étais déjà resté quelques jours, une ville restée associée à un livre magnifique de Nicola Fargue intitulé Rade Terminus et que j’avais lu sur place : « Diego-Suarez, Madagascar. Une baie sur l’océan Indien, du soleil, des vestiges coloniaux, des filles, des ONG. Des Blancs en fin de course dont le monde blanc ne veut plus. Des voyageurs qui débarquent ». C’est aussi pour moi l’impression qu’il m’en reste. Diego est une ville de bout du monde.
Nous avons accosté de très bonne heure et une nuée de vendeurs de bibelots, de modes de transports et de ballades touristiques se sont précipités sur les premiers passagers comme la pauvreté sur l’Afrique. J’ai attendu sagement sur le bateau que les choses se calment avant de descendre et me frayer un passage parmi ces vendeurs jusqu’à un hôtel du bas de la ville pour prendre un expresso et me brancher sur l’Internet.
Ma première idée était de louer une moto comme à Nosy Be. Je ne débordais pas d’enthousiasme à cette idée. Le soleil tapait très fort et je sentais qu’un début de rhume était en préparation. Un chauffeur de tuk-tuk m’a sorti de ma réflexion et de ma torpeur. La négociation a duré plus que d’habitude. Il voyait que je n’avais pas plus envie que ça de faire appel à ses services. Ils ont l’habitude. Je commençais à tousser et je pensais de plus en plus à retourner sur le bateau. Une dernière offre de sa part m’a fait changer d’avis. Il me proposait d’aller jusqu’à la plage de Ramen.
La dernière fois que j’y étais allé, j’avais loué une moto. Ça s’était terminé au poste de gendarmerie de Diego à mon retour. Mais ça, c’est une autre histoire. Je me souvenais surtout d’y avoir passé une très bonne journée sur cette plage. J’étais arrivé en fin de matinée. Ça devait être en milieu de semaine. L’endroit était quasi désert.
En arrivant, j’ai vu un pêcheur se diriger vers une gargote avec un poulpe à la main. Je l’ai suivi. Il négociait le prix de sa prise avec la mama malgache de la gargote. Quand il est sorti de la cahute en bois, j’y suis entré. Ce fut mon tour de négocier le prix d’un plat de poulpe pour le déjeuner. Le prix de départ en était ridicule, mais la négociation faisait partie du rituel. Il était encore tôt. Je me suis installé dans le hamac et la mama m’a réveillé à l’heure du déjeuner. J’étais seul. J’ai bu une bière avec ce plat de poulpe accompagné de riz et de tomates. J’ai repris une seconde bière après déjeuner. Puis je me suis à nouveau installé dans le hamac pour une sieste.
Je garde particulièrement en mémoire ma conversation avec cette mama au moment de mon départ en milieu d’après-midi. Elle trouvait que j’avais un joli foulard, un krama que j’avais acheté au Cambodge une dizaine d’années auparavant. Je l’avais remercié en lui précisant que ce foulard était très vieux comme la plupart des affaires que je portais ainsi que moi-même qui ne me considérait plus comme jeune. Elle avait rigolé. Les vazaha (étrangers d’origine occidentale) sont pour les Malgaches tous millionnaires. Il faut comprendre. Le revenu moyen annuel à Madagascar est de 400 . Il est d’environ 40 000  dans les pays occidentaux. Ce serait donc l’équivalent pour un Occidental de faire face à un touriste dont le revenu annuel serait 100 fois supérieur au sien, soit un revenu annuel de quatre millions d’euros. Elle m’avait donc répondu que lorsqu’on en riche… on est toujours jeune. Sages paroles.
Je suis resté cette fois moins longtemps. La route s’était fortement dégradée depuis mon dernier passage. C’est une constance à Mada. Des fonds de l’aide internationale sont débloqués pour construire une route. La route est construite par une entreprise étrangère. Mais la route n’est jamais entretenue. Si un service d’entretien du réseau routier existe, le budget dont dispose ce service n’est pas suffisant pour entretenir le réseau et, après quelques années, il est de nouveau fait appel à l’aide internationale pour reconstruire la route. Mada est un éternel recommencement.
Plus la journée avançait et plus je crachais mes poumons. En arrivant à Ramen, la plage était bondée, en partie par de nombreux passagers du navire amené là par les tour-opérateurs. J’ai en peu marché sur la plage. Je me suis assis à l’ombre d’un badamier. En plus de la chaleur écrasante de la mi-journée et de l’humidité, je sentais que plus la température de l’air s’élevait et plus la température de ma fièvre suivait cette même courbe ascendante. Je suis reparti au bout d’une heure sans avoir ni bu ni mangé. J’avais emporté une bouteille d’eau et j’arrivais à la fin. J’ai demandé au conducteur du tuk-tuk de s’arrêter devant une pharmacie pour acheter du Paracétamol et du sirop pour la toux avant de me déposer au débarcadère.
Je me suis précipité dans ma cabine. Entre temps, en plus de la toux et de la fièvre, le mal de tête avait fait son apparition. J’ai pris une douche. Je me suis badigeonné de Vicks. J’ai avalé un comprimé de Paracétamol. Puis je me suis couché en espérant transpirer et dormir jusqu’au lendemain matin.

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