Je n’étais
pas très en forme lors de cette étape à Diego-Suarez, une ville où j’étais déjà
resté quelques jours, une ville restée associée à un livre magnifique de Nicola
Fargue intitulé Rade Terminus et que j’avais lu sur place : « Diego-Suarez, Madagascar. Une baie sur l’océan
Indien, du soleil, des vestiges coloniaux, des filles, des ONG. Des Blancs en
fin de course dont le monde blanc ne veut plus. Des voyageurs qui débarquent ». C’est aussi
pour moi l’impression qu’il m’en reste. Diego est une ville de bout du monde.
Ma première
idée était de louer une moto comme à Nosy Be. Je ne débordais pas
d’enthousiasme à cette idée. Le soleil tapait très fort et je sentais qu’un
début de rhume était en préparation. Un chauffeur de tuk-tuk m’a sorti
de ma réflexion et de ma torpeur. La négociation a duré plus que d’habitude. Il
voyait que je n’avais pas plus envie que ça de faire appel à ses services. Ils
ont l’habitude. Je commençais à tousser et je pensais de plus en plus à
retourner sur le bateau. Une dernière offre de sa part m’a fait changer d’avis.
Il me proposait d’aller jusqu’à la plage de Ramen.
La dernière
fois que j’y étais allé, j’avais loué une moto. Ça s’était terminé au poste de gendarmerie
de Diego à mon retour. Mais ça, c’est une autre histoire. Je me souvenais
surtout d’y avoir passé une très bonne journée sur cette plage. J’étais arrivé
en fin de matinée. Ça devait être en milieu de semaine. L’endroit était quasi
désert.
En
arrivant, j’ai vu un pêcheur se diriger vers une gargote avec un poulpe à la
main. Je l’ai suivi. Il négociait le prix de sa prise avec la mama
malgache de la gargote. Quand il est sorti de la cahute en bois, j’y suis entré.
Ce fut mon tour de négocier le prix d’un plat de poulpe pour le déjeuner. Le
prix de départ en était ridicule, mais la négociation faisait partie du rituel.
Il était encore tôt. Je me suis installé dans le hamac et la mama m’a
réveillé à l’heure du déjeuner. J’étais seul. J’ai bu une bière avec ce plat de
poulpe accompagné de riz et de tomates. J’ai repris une seconde bière après
déjeuner. Puis je me suis à nouveau installé dans le hamac pour une sieste.

Je suis
resté cette fois moins longtemps. La route s’était fortement dégradée depuis
mon dernier passage. C’est une constance à Mada. Des fonds de l’aide
internationale sont débloqués pour construire une route. La route est
construite par une entreprise étrangère. Mais la route n’est jamais entretenue.
Si un service d’entretien du réseau routier existe, le budget dont dispose ce
service n’est pas suffisant pour entretenir le réseau et, après quelques
années, il est de nouveau fait appel à l’aide internationale pour reconstruire
la route. Mada est un éternel recommencement.
Je me suis
précipité dans ma cabine. Entre temps, en plus de la toux et de la fièvre, le
mal de tête avait fait son apparition. J’ai pris une douche. Je me suis
badigeonné de Vicks. J’ai avalé un comprimé de Paracétamol. Puis je me
suis couché en espérant transpirer et dormir jusqu’au lendemain matin.


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