Sunday, December 8, 2019

En mer - 8 décembre


Nous avons appareillé la veille au soir. Je dormais et je n’ai rien entendu. Cette journée se déroule entièrement en mer en direction des Seychelles.
Depuis ma montée à bord, je ne consacre mon temps qu’à manger. Si tôt levé, je monte prendre mon petit déjeuner au buffet. Le choix est immense. J’ai repris des habitudes nord-américaines avec œufs, bacon, pommes de terre sautées, tomates et café. Je redescends prendre une douche et je remonte immédiatement prendre un second café. Petite promenade. Nouvelle descente dans la cabine pour prendre un apéritif et nouvelle montée pour le déjeuner. Aujourd’hui, j’ai fait le choix du buffet de spécialités de l’Océan indien. Puis retour en cabine pour une petite sieste. En fin d’après-midi, une fête de bienvenue avec amuse-gueules et vins italiens était organisée par le capitaine. La fête n’était pas plus tôt terminée que l’heure du premier service du soir était annoncée. J’ai terminé la soirée en allant assister à l’excellent spectacle de Marta Llenas. 

Je rencontre beaucoup de monde sur ce bateau. À midi, j’ai déjeuné à la table de deux couples mauriciens. L’un des deux avait acheté le billet à moitié prix lors du dernier Black Friday. Ce voyage ne faisait pas partie de leur projet de fin d’année, mais l’occasion fait le larron et à ce prix ils n’ont pas hésité longtemps. Quant à la femme de l’autre couple, quand je lui ai dit que je venais de La Réunion, elle a été plus que surprise et m’a demandé à plusieurs reprises si j’étais vraiment certain de venir de La Réunion. Selon elle, ma couleur de peau n’était pas très réunionnaise.

Quelques jours avant mon départ, mon collègue britannique Barry m’avait annoncé que des membres de la famille de sa femme réunionnaise, dont sa belle-sœur et sa nièce, s’apprêtaient à effectuer la même croisière. Hasard extraordinaire, nous nous sommes retrouvés à la même table pour le dîner.


Ce navire est un mélange de Club Med et de centre commercial flottant. Une galerie de boutiques en duty free est située au troisième pont. Des activités de bien-être, de sport et de divertissement sont organisés sur d’autres ponts avec des ateliers de créations artistiques, des tournois de cartes, ping-pong, volleyball, tennis, baby-foot et des jeux de société, des cours de danse, de langues et de yoga, des bingos, du karaoké et des séminaires, sans oublier la discothèque. Les enfants sont pris en charge dès le matin jusqu’au soir par une équipe d’animateurs. D’autres animateurs s’occupent des adolescents. Il y en a pour tous les goûts et pour tout le monde et même pour moi qui préfère qu’on me fiche la paix. Je peux donc me réfugier dans de petits salons feutrés baignés de lumière tamisée avec un fond sonore de musique classique. Au pire, je peux même me réfugier dans la chapelle située à l’écart et que personne ne semble fréquenter.  
Il faut être aveugle pour ne pas réaliser que si le coût de la croisière en tant que tel n’est pas exorbitant et abordable pour beaucoup de gens, le coût des produits et services vendus à bord est excessif. Une bouteille d’un litre d’eau minérale est facturée à 3,34 . Et il est interdit d’apporter des boissons ou de la nourriture à bord. Aucune visite organisée lors des escales n’est offerte en dessous de 60 € pour un petit tour d’à peine deux heures, mais la moyenne est généralement de 150 €. Les photos qu’une équipe de photographes est chargée de prendre des passagers à tout moment de la journée — à bord comme lors des excursions — sont vendues 15 € pour le format carte postale. Les « plats spéciaux » offerts en dehors des menus tournent autour de 5 € pour un dessert à 20 € pour des fruits de mer. Et ne parlons pas de l’Internet par satellite à 35 € minimum pour 250 MO. Un couple m’a raconté avoir trouvé une astuce non affichée à 36 € illimité pour toute la durée de la croisière. Il s’apprêtait à l’acheter. Ce qu’il ne savait pas et que je leur ai appris, c’est que ce forfait était restreint à l’utilisation des réseaux sociaux. Et la surprise ultime attend ceux qui ne voyagent pas souvent et qui oublient d’activer le mode avion. L’itinérance (ou roaming) continue de fonctionner en mer en mode satellite avec la plupart des opérateurs.

Un jeune couple de Réunionnais s’étonnait ce matin au bureau d’information de ne plus pouvoir utiliser leur carte Costa pour effectuer des achats. Cette carte est remise à chaque passager au moment de l’embarquement pour ouvrir la porte de la cabine. Par ailleurs, elle comprend toutes les informations sur le forfait choisi et elle doit être « couplée » avec une carte de crédit. Avec un bébé en bas âge, autant l’homme que la femme ne semblaient très à l’aise financièrement. C’était même plutôt l’inverse qu’ils affichaient avec un air de très profonde naïveté en plus. La préposée à l’accueil a vérifié leurs dépenses depuis leur embarquement qui remontait à trois jours. Leur facture se montait déjà à 885 € d’achat à bord. Leur compte bancaire avait été bloqué par manque de fonds.











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