Me voilà donc de retour à Maurice. Le bateau était à quai quand je me
suis réveillé. J’ai attendu le milieu de la matinée pour débarquer.

Pour monter à bord du Mediterranea au début de cette croisière, j’avais
rejoint le navire à pieds depuis le Waterfront. J’ignorais qu’une
navette portuaire était disponible et permettait de faire le même trajet en
moins de cinq minutes au coût de deux euros. C’est donc par ce moyen de
transport que je suis retourné sur le Waterfront pour aller prendre un
café à l’hôtel La Bourdonnais, l’hôtel le plus luxueux de Port Louis. J’y ai
rencontré un père Noël rasta à l’entrée qui faisait la manche.
Il faisait trop chaud pour prolonger ma balade au centre-ville. Tout comme
la veille, j’ai préféré rentrer à l’heure du déjeuner me mettre au frais sur le
navire. Je suis redescendu à terre en fin d’après-midi. La température avait
légèrement baissé. J’ai marché jusqu’à la Cathédrale et grimpé jusqu’à La
Citadelle.
La pose de la première pierre de cette fortification eut lieu le 8 décembre
1834, soit moins de vingt ans après la prise de possession de l’île par les
Anglais. À cette époque, la population d’origine française était assez hostile
aux Anglais. Les planteurs, surtout, voyaient d’un mauvais œil le projet
d’abolition de l’esclavage et montraient des signes de grande nervosité.
L’administration britannique pensait que pour contrôler l’île et être sûr que
cette partie influente et puissante de la population n’allait pas se rebeller,
voire basculer à nouveau du côté français, il fallait construire une
fortification imprenable qui permettrait de résister aussi bien aux attaques
extérieures qu’à un soulèvement…

Mais le fort Adelaide ne fut finalement jamais utilisé. L’administration
britannique réussit à s’entendre avec la population d’origine française et
trouva un compromis avec les planteurs pour l’abolition de l’esclavage. Il n’y
eut pas non plus de menace extérieure à laquelle il aurait fallu faire face. Au
fil des années, il tomba en désuétude, puis carrément en ruine… Pendant une
bonne partie du 20e siècle, le vieux fort, que tous les Mauriciens finirent par
baptiser La Citadelle, avait la réputation d’être un endroit mal famé, peuplé
de voyous et fut même le théâtre d’un crime atroce.

Dans les années 80, 90 et surtout depuis 2006, après sa restauration
par le Ministère du Tourisme, il changea carrément de vocation pour devenir un
haut lieu de spectacle, accueillant des concerts, des expositions, des défilés
de mode. Cet ensemble monumental dont la construction a nécessité l’apport d’un
grand nombre d’ingénieurs, d’ouvriers, maçons, charpentiers de toutes
provenances — artisans tamouls, esclaves africains et malgaches, forçats
indiens — le Fort Adelaide ou La Citadelle, est définitivement un monument
national de l’île Maurice.
Après avoir grimpé les marches jusqu’au sommet et avoir trouvé la porte
d’accès, je me suis retrouvé devant une porte close et n’ai eu d’autre choix
que de prendre le chemin inverse et de remonter à bord du navire accompagné par
une pluie fine.
L’appétit est définitivement revenu. Je suis même descendu pour le dîner
au restaurant Degli Argentieri afin de profiter d’un excellent menu italien.
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