Deuxième journée consécutive en mer. L’arrivée au port de Victoria aux
Seychelles est prévue pour demain matin. Le temps continue d’être au beau fixe
et la mer est moins agitée que la veille.
J’ai pris mes habitudes, des habitudes en forme d’un simple rituel :
manger et dormir. Mon seul exercice consiste à m’obliger à prendre le moins
possible l’ascenseur et à passer de l’avant du bateau où ma cabine est située à
l’arrière où je prends tous mes repas.

Je continue à faire des rencontres. Au petit déjeuner, ce fut une dame
réunionnaise qui est venue s’assoir à ma table pour me raconter toute sa vie.
Elle est accompagnée pour ce voyage de sa fille qui nous a rejoints un peu plus
tard. La maman est membre d’une fratrie de 17 enfants. C’était chose courante
autrefois à La Réunion. Ce l’est beaucoup moins aujourd’hui. Comme partout
ailleurs, plus les gens s’enrichissent et moins ils font d’enfants. Sa mère est
morte l’an dernier à l’âge de 93 ans et son père auquel elle était très
attachée à l’âge de 46 ans alors qu’elle n’était encore qu’adolescente. Elle ne
s’en est jamais remise et y pense tous les jours. Elle n’avait pas le même
attachement vis-à-vis de sa mère, c’était même tout le contraire. Il faut dire
que les relations mères-filles sont pour moi d’une complexité incompréhensible.
Si la fille de cette dame n’était pas arrivée au bout d’une heure, j’aurais
tout appris sur elle depuis le jour de sa naissance.
Pour le déjeuner, c’était d’autres Réunionnais avec d’autres histoires
de familles et de voyages que j’ai rencontrés. C’est l’avantage des voyages en
solitaire. Ils permettent d’en apprendre beaucoup sur nos semblables. Les gens
éprouvent un besoin vital de se confier à des inconnus. Ils se vident de leur
trop-plein de souvenirs et de nostalgies. Ils s’allègent de leurs fardeaux
émotionnels. Ils chassent les nuages. Les voyages rendent les touristes
vulnérables et propices aux confidences.
No comments:
Post a Comment