Monday, December 9, 2019

En mer - 9 décembre



Deuxième journée consécutive en mer. L’arrivée au port de Victoria aux Seychelles est prévue pour demain matin. Le temps continue d’être au beau fixe et la mer est moins agitée que la veille. 
J’ai pris mes habitudes, des habitudes en forme d’un simple rituel : manger et dormir. Mon seul exercice consiste à m’obliger à prendre le moins possible l’ascenseur et à passer de l’avant du bateau où ma cabine est située à l’arrière où je prends tous mes repas.
Je continue à faire des rencontres. Au petit déjeuner, ce fut une dame réunionnaise qui est venue s’assoir à ma table pour me raconter toute sa vie. Elle est accompagnée pour ce voyage de sa fille qui nous a rejoints un peu plus tard. La maman est membre d’une fratrie de 17 enfants. C’était chose courante autrefois à La Réunion. Ce l’est beaucoup moins aujourd’hui. Comme partout ailleurs, plus les gens s’enrichissent et moins ils font d’enfants. Sa mère est morte l’an dernier à l’âge de 93 ans et son père auquel elle était très attachée à l’âge de 46 ans alors qu’elle n’était encore qu’adolescente. Elle ne s’en est jamais remise et y pense tous les jours. Elle n’avait pas le même attachement vis-à-vis de sa mère, c’était même tout le contraire. Il faut dire que les relations mères-filles sont pour moi d’une complexité incompréhensible. Si la fille de cette dame n’était pas arrivée au bout d’une heure, j’aurais tout appris sur elle depuis le jour de sa naissance.  
Pour le déjeuner, c’était d’autres Réunionnais avec d’autres histoires de familles et de voyages que j’ai rencontrés. C’est l’avantage des voyages en solitaire. Ils permettent d’en apprendre beaucoup sur nos semblables. Les gens éprouvent un besoin vital de se confier à des inconnus. Ils se vident de leur trop-plein de souvenirs et de nostalgies. Ils s’allègent de leurs fardeaux émotionnels. Ils chassent les nuages. Les voyages rendent les touristes vulnérables et propices aux confidences.

















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